Le coût matière d'une coloration s'obtient en additionnant quatre postes : la crème colorante réellement dosée, multipliée par son prix au millilitre, l'oxydant versé dans le bol, calculé de la même façon, les consommables de la prestation et le mélange perdu au fond du bol. Avec un tube de 50 ml payé 10 € HT, un litre d'oxydant à 9 € HT et 0,60 € de consommables, une repousse préparée avec 30 ml de crème revient à environ 7 € de matière. Le prix affiché du tube ne suffit donc pas : c'est la dose pesée qui donne le vrai chiffre.
Que faut-il compter dans le coût matière d'une coloration ?
Le coût matière regroupe tout ce qui est consommé pour une cliente et ne retourne pas sur l'étagère après son départ. En coloration d'oxydation, il se décompose en quatre lignes :
- La crème colorante : la quantité dosée, pas le tube entier. Un tube entamé se referme et sert à la prestation suivante.
- L'oxydant : il se compte au millilitre, selon le rapport de mélange de la gamme utilisée.
- Les consommables : gants, papier ou film pour les mèches, shampooing technique, soin après couleur, protection du cuir chevelu si vous en appliquez une.
- Le reste au bol : le mélange préparé mais jamais posé. Une fois l'oxydant ajouté, il ne se garde pas pour la cliente suivante.
Le temps passé, l'électricité ou le loyer ne relèvent pas du coût matière : ils entrent dans le coût de revient global du salon. Séparer les deux permet de voir ce que chaque prestation consomme en produit, et donc où se trouvent les économies possibles sans toucher à la qualité du résultat.
Comment passer du prix d'un tube au prix du millilitre ?
La règle tient en une division : prix d'achat du tube divisé par sa contenance. Un tube de 50 ml acheté 10 € revient à 0,20 € le millilitre, et un tube de 60 ml acheté 12 € aussi. Deux gammes affichées à des prix différents peuvent donc coûter exactement la même chose à l'usage, et l'inverse est vrai. Les tubes INOA se vendent au poids, en 60 g : on raisonne alors au gramme, avec la même division.
Deux précautions évitent les erreurs. D'abord, le prix d'achat inclut la livraison : un petit panier chargé de frais de port fait grimper le prix de chaque tube, c'est ce que nous appelons le coût réel d'un tube livré. Ensuite, il faut rester cohérent sur la TVA. Un salon qui la récupère sur ses achats raisonne hors taxe du début à la fin. Un professionnel en franchise en base, qui ne facture pas de TVA et ne la récupère pas, raisonne toutes taxes comprises sur ses achats.
L'oxydant suit la même logique : un flacon d'un litre acheté 9 € revient à 0,009 € le millilitre, moins d'un centime. C'est le poste le plus léger de la prestation, mais il se multiplie par le rapport de mélange, ce qui justifie de le compter quand même.
Le rapport de mélange change-t-il le coût d'une prestation ?
Oui, parce qu'il fixe la quantité d'oxydant consommée et le volume de mélange obtenu avec un tube. Chaque fabricant calibre sa crème avec son propre révélateur, et le rapport de mélange propre à chaque marque se respecte à la lettre. Voici les rapports indiqués pour cinq gammes courantes en salon :
| Gamme | Tube | Rapport | Oxydant pour un tube | Mélange obtenu |
|---|---|---|---|---|
| L'Oréal Majirel | 50 ml | 1 : 1,5 | 75 ml | 125 ml |
| L'Oréal INOA | 60 g | 1 : 1 | 60 g | 120 g |
| Schwarzkopf Igora Royal | 60 ml | 1 : 1 | 60 ml | 120 ml |
| Wella Koleston Perfect | 60 ml | 1 : 1 | 60 ml | 120 ml |
| L'Oréal Dia Light | 50 ml | 1 : 1,5 | 75 ml | 125 ml |
Les séries super-éclaircissantes font souvent exception : les Special Blonde de Koleston Perfect, par exemple, se mélangent en 1 : 2. Vérifiez toujours la notice de la nuance utilisée. À volume de mélange égal, une gamme en 1 : 1,5 consomme moins de crème, le poste le plus cher, et davantage d'oxydant, le poste le moins cher. Pour 120 ml de mélange, il faut 60 ml de crème en 1 : 1 contre 48 ml en 1 : 1,5. La comparaison au seul prix du tube ne raconte donc qu'une partie de l'histoire.
Trois calculs complets, du bol à la facture
Les exemples ci-dessous reposent sur des prix d'exemple, à remplacer par ceux de vos propres factures : tube de 50 ml à 10 € HT ou de 60 ml à 12 € HT (0,20 € le millilitre dans les deux cas), tube de ton sur ton de 50 ml à 10,50 € HT (0,21 € le millilitre), flacon d'oxydant ou d'activateur d'un litre à 9 € HT, et 0,60 € de consommables par cliente.
| Prestation | Crème | Oxydant | Consommables | Coût matière |
|---|---|---|---|---|
| Repousse, gamme en 1 : 1,5 (30 ml + 45 ml) | 6,00 € | 0,41 € | 0,60 € | 7,01 € |
| Racines et longueurs, gamme en 1 : 1 (60 ml + 60 ml) | 12,00 € | 0,54 € | 0,60 € | 13,14 € |
| Ton sur ton, gamme en 1 : 1,5 (20 ml + 30 ml) | 4,20 € | 0,27 € | 0,60 € | 5,07 € |
La crème pèse presque tout : entre 83 et 91 % du coût matière dans ces trois cas, contre 4 à 6 % pour l'oxydant. Gagner quelques centimes sur le révélateur ne change presque rien. Doser la crème au plus juste, ou acheter le même tube moins cher en comparant les prix des tubes gamme par gamme, change beaucoup plus le résultat final.
Pourquoi peser le bol plutôt que compter les tubes ?
Compter les tubes vides en fin de mois donne une moyenne, jamais le coût d'une prestation précise. La pesée, elle, donne un chiffre par cliente. Une balance au gramme posée sur le plan de travail suffit : on tare le bol vide, on ajoute la crème, on note la quantité, puis on complète avec l'oxydant selon le rapport. En fin de pose, on repèse le bol pour mesurer ce qui reste. Les fabricants expriment leurs doses tantôt en millilitres, tantôt en grammes : pour le suivi, l'essentiel est de garder toujours la même unité.
Ce reste coûte plus qu'on ne le croit. Si 5 ml de mélange en 1 : 1,5 restent au fond du bol après chaque repousse, ce sont 2 ml de crème et 3 ml d'oxydant jetés, soit environ 0,43 € avec nos prix d'exemple. Pour un salon qui réalise vingt colorations de ce type par semaine, la perte atteint 8,54 € par semaine et dépasse 400 € sur 48 semaines de travail. Doser plus juste, quitte à préparer un petit complément si la chevelure le demande, se rentabilise vite.
Comment suivre le coût d'une coloration dans le temps ?
Le suivi le plus utile tient sur la fiche technique de chaque cliente, que la plupart des coloristes remplissent déjà pour la nuance, l'oxydant et le temps de pose. Il suffit d'y ajouter trois colonnes : quantité de crème, quantité d'oxydant, coût matière calculé. Au bout de quelques visites, la fiche montre si une cliente consomme plus que prévu, par exemple parce que ses cheveux ont gagné en longueur ou que sa repousse est plus large qu'au premier rendez-vous.
À l'échelle du salon, un tableur simple fait le reste : une ligne par prestation, le total mensuel du coût matière calculé, puis la comparaison avec les achats de coloration du même mois. Si les achats dépassent nettement le coût calculé, l'écart peut venir de restes au bol non notés, de tubes ouverts qui ont séché ou de prestations offertes sans être enregistrées. Mettre à jour le prix au millilitre à chaque nouvelle commande garde le calcul juste quand les tarifs des fournisseurs bougent.
Quelle part du prix de la prestation représente la matière ?
Pour le savoir, on compare le coût matière au prix de la prestation hors taxe. Les prestations de coiffure relèvent du taux normal de TVA, fixé à 20 % par l'article 278 du Code général des impôts : une coloration facturée 60 € TTC rapporte donc 50 € HT au salon. Avec la repousse de notre premier exemple, la matière représente 7,01 € sur 50 €, soit 14 % du prix hors taxe.
Ce ratio n'a pas de valeur universelle : il dépend de vos tarifs, de vos gammes et de la longueur des cheveux de votre clientèle. Son intérêt est ailleurs. Suivi d'un mois sur l'autre, il signale tout de suite une hausse de prix chez un fournisseur ou une dérive du dosage, et il fournit un argument chiffré pour fixer un supplément cheveux longs plutôt que de l'estimer au jugé.
Questions fréquentes sur le coût d'une coloration
Faut-il compter le shampooing et le soin dans le coût matière ?
Oui, dès qu'ils servent à la prestation de coloration elle-même : shampooing technique après le temps de pose, soin après couleur, protection du cuir chevelu. Le plus simple consiste à calculer leur prix par dose, comme pour l'oxydant, puis à les regrouper dans une seule ligne consommables.
Changer de marque d'oxydant fait-il baisser le coût ?
Très peu, et c'est risqué. L'oxydant ne représente qu'environ 5 % du coût matière dans nos exemples, alors qu'un révélateur qui n'est pas celui prévu par le fabricant peut modifier la couverture et le reflet. L'économie se fait sur la crème et sur le dosage, pas sur le révélateur.
Combien de prestations permet un litre d'oxydant ?
Tout dépend du rapport de mélange et de la quantité de crème. Avec 45 ml par repousse en 1 : 1,5, un litre couvre 22 prestations ; avec 60 ml par application en 1 : 1, il en couvre 16. Diviser le volume du flacon par la dose habituelle donne aussi un repère fiable pour anticiper les commandes.